Programme CREF & G / LF
DIVERSITÉS CULTURELLES : POÉTIQUE DES « GENRES » ET DES LITTÉRATURES FANCOPHONES
Responsables Mireille Calle-Gruber PR-Paris III, Dominique Combe PR-Paris III
Le projet ne se limite pas à une interrogation sur la spécificité du « féminin » et la place des femmes dans le monde, il a pour objectif de penser le statut des « genres » et des différences sexuelles, leurs modes d’inscription et leurs effets dans nombre de pratiques culturelles et symboliques. C’est à dire de les adresser à ce dont ils sont révélateurs : l’articulation problématique entre nature et culture, comme entre corps , psyché et langage. Et par la prise en compte de cette dimension de l’expérience humaine, à la nécessité de remettre en question l’opposition entre particulier et général (et : centre et périphérie, logo centrisme et idiomes) qui sous tend les conceptions traditionnelles de « l’universel » aux plans philosophique, éthique et politique.
On voit tout l’intérêt qu’il y a à aborder, dans cette perspective, l’études des littératures francophones, et quels champs de prospection elles ouvrent , à leur tour, au « féminin » comme nom de l’autre absolu (du « tout autre », Lévinas) : c’est à dire ouverture à l’alternative ; à l’hospitalité ; à l’étranger ; à l’altération au plus grand risque. A l’autrui absolu en tant que autre vision du monde et langue autre.
On voit aussi l’avantage qu’il y a, par ce biais et sans effacer la mémoire, à dégager les écritures et les lectures francophones du cadre post colonialiste, et d’exercer une véritable pensée théorique quant à ces productions (notamment à l’endroit du concept de « langue maternelle » « langue étrangère », bilinguisme, diglossie, « l’amour bilingue » Khatibi).
Il s’agit certes de reprendre l’histoire des représentations des différences sexuelles et culturelles, d’analyser son exploitation et ses traductions sociales, juridiques et politiques, mais surtout il s’agit d’analyser les discours produits à partir de sa prise en compte explicite ou implicite dans les champs de la pensée (littérature et philosophie) et dans les champs du savoir (anthropologie, droit, sciences politiques, psychanalyse).
Ce qui est ainsi postulé, c’est qu’il n’y a pas de pensée hors des langues, pas de langues hors des littératures, et pas une langue mais toujours plus d’une. Et pas le « gender » (catégorie généraliste) sans les genres ainsi que dit la langue française : à savoir une indissociable constellation des genres biologiques, des genres grammaticaux et des genres littéraires.
L’articulation des différences culturelles et sexuelles porte donc la démarche scientifique d’une part et principalement aux lectures, aux analyses et à l’élaboration théorique des territoires de la poétique littéraire, de la philosophie, de l’esthétique ; d’autre part au développement des croisées des discours des Humanités avec les Sciences de la société (sociologie des institutions, anthropologie, droit et sciences politiques).
Cette constellation pluridisciplinaire et multi culturelle est un des traits essentiels de notre projet.
L’attention portée aux conceptions du « féminin » et du « masculin » à travers les cultures n’enrichit pas seulement les disciplines traditionnelles en y faisant surgir de nouvelles données : elle implique l’élaboration de nouvelles méthodologies et entraîne une reconfiguration des domaines du savoir.
Le projet permettra d’organiser des conjonctions pluridisciplinaires sur des projets transversaux, construits ensemble, où seront acteurs les directeurs de recherche et les enseignants chercheurs avec les jeunes docteurs et les doctorants ainsi mis à pied d’œuvre . La pluralité raisonnée des méthodologies est indispensable pour l’élaboration de cette « science de l’humain » que les écritures de la modernité cherchent à refonder.


