ANIMALITTÉRATURE

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Programme de recherche Animalittérature

Animaux et animalité dans la littérature de langue française
(XXe-XXIe siècles)

English version

Lien vers le séminaire Mots/Animaux

Appel à contributions Humain-Animal/ Human-Animal (20th/21st Century French and Francophone Studies International Colloquium, San Fransisco, March 30 – April 2, 2011)

I. Présentation

L’objectif du projet Animalittérature (2007-2010) est de pallier le manque total, en France comme à l’étranger, d’une recherche organisée à moyen et long terme sur l’animal et l’animalité dans la littérature d’expression française des XXe-XXIe siècles. Quelques rares chercheurs francophones, notamment en études littéraires et en philosophie ont certes abordé cette problématique d’un point de vue individuel, et la recherche anglo-saxonne traite incidemment la question. Mais il s’agit le plus souvent d’études ponctuelles s’insérant dans un corpus à large ouverture de compas, comparatiste ou couvrant plusieurs siècles.
L’animal est pourtant en France à plus d’un titre au centre des débats contemporains, qu’ils soient intellectuels, scientifiques, sociaux ou éthiques. De nombreux bouleversements historiques les ont créés ou alimentés. Industrialisation ; transformation du terroir et de la campagne en terrains agricoles ou des fermes en unités de production ; habitat majoritairement urbain depuis les années trente ; disparition de l’animal domestique, vogue concomitante de l’animal familier et relégation de l’animal industriel aux marges de la société ; camps de concentration fondés sur l’animalisation/la machinisation des victimes et la bestialité des bourreaux ; épizooties de la seconde moitié du XXe siècle ; extinctions d’espèces, créations de réserves ou réaménagements de ménageries ; polémiques diverses (expérimentation animale, corridas, combats de bêtes, zoos, mode de la fourrure…) ; découvertes biologiques autorisées par les nouvelles technologies et engendrant une cartographie fluctuante des frontières humain/animal (proximité génétique, xénogreffes…) ; développement de disciplines inédites (éthologie, écologie, éthique et droit axés sur l’animal) et disparition d’autres (histoire naturelle)… Ces reconfigurations disciplinaires et ces phénomènes propres aux XXe-XXIe siècles ont engendré une intense et féconde activité intellectuelle. Les philosophes se penchent sur le sujet depuis des décennies, les éthologues, les zoologues, les sociobiologistes, les cognitivistes, les ethnologues, les anthropologues et les historiens confrontent leurs points de vue, et entretiennent des dialogues fructueux, parfois conflictuels, avec les biologistes et les expérimentateurs.
Dans ce concert intellectuel, les discours et représentations propres à la littérature sont rarement pris en compte. C’est que la critique littéraire semble de son côté bien muette, de façon d’autant plus illégitime voire suspecte que les écrivains, des plus mineurs au plus grands, ne le sont pas. Ce discours omniprésent sur l’animal et l’animalité peut prendre plusieurs formes. Au niveau thématique, la relation entre l’homme et l’animal, complice ou cruelle, de même que les motifs du monstrueux ou de l’animalité native du rapport humain au monde sont largement développés. Aux niveaux narratologique et stylistique, l’attachement à la restitution de mondes et de langages animaux différenciés de même que la création de personnages de bêtes ou d’hybrides participent aux redéfinitions contemporaines du vivant. Au niveau générique enfin, on assiste à un renouvellement majeur de genres traditionnellement liés à l’animal – comme le conte, le bestiaire, le manuel fictif de zoologie – et à un développement sans précédent du fantastique et de la science-fiction, adeptes d’espèces inédites. Au niveau politico-social enfin, de nombreux auteurs postcoloniaux et/ou de nombreuses écrivaines en passent par l’animalité pour restituer les enjeux idéologiques et sociaux de leur création. Enfin, le silence de certains écrivains sur l’animal ou l’animalité humaine pourra aussi être analysé comme un symptôme à résonances multiples.
Cette focalisation inédite des études littéraires sur l’animal permettra des apports cognitifs et théoriques multiples. L’un des objectifs du projet Animalittérature sera tout d’abord d’interroger le mutisme critique dont il a été question : dans quelle mesure l’animal, être de fuite et de silence imposé, est-il un sujet-limite pour le langage proféré, voire un objet d’étude indigne ? Pourtant, poésie et fiction, par la figuralité, parlent de l’animal et pour l’animal (Deleuze) « en vérité » (Ricœur), et, par l’empathie et la capacité à la projection de soi, apportent un savoir sur le vivant que nulle autre activité humaine ne peut remplacer.
Il s’agira dès lors de permettre à un champ de recherche à peine émergent de se constituer, en dépassant les frontières académiques autarciques par un dialogue avec des écrivains en activité et par une collaboration avec des spécialistes ayant l’animalité pour axe principal dans leur discipline propre : ils proposeront un état de leur champ de recherche sur lequel l’équipe pourra se fonder pour élaborer sa spécificité et orienter son travail en fonction des débats contemporains les plus pointus. D’autre part, la nouveauté de l’examen porté sur les œuvres autorisera un remaniement des corpus et des analyses traditionnellement constitués par la sphère académique du XXe siècle : on découvrira qu’il existe une infra-animalité souterraine dans l’œuvre de Proust, réputé obnubilé par le monde social humain, ou que des « minores » comme les écrivains dits « rustiques » du début du siècle ont anticipé les découvertes les plus récentes de l’éthologie, comme celles de « communauté hybride », d’« animal singulier » (D. Lestel) ou de « troisième chimpanzé » (J. Diamond). Enfin, on examinera quels rapports les écrivains ont pu avoir avec les découvertes scientifiques et intellectuelles de leur temps, par une analyse du contexte de production de leurs œuvres.
Il s’agira donc de sortir la recherche littéraire sur l’animal de ses territoires cognitifs rebattus – symbolisme, allégorie, folklore… – ou de réorienter leur étude, notamment en se fondant sur les apports les plus récents de disciplines diverses.

II. Membres

• Portage et coordination du projet : Anne Simon (CNRS, UMR 7171) : Le vivant, le corps, l’animalité en littérature. Prose narrative et sciences humaines et sociales (notamment phénoménologie, sociologie, éthologie). Proust et les philosophes contemporains.

• Administration du projet et communication : Dominique Simon (Assistante Ingénieure, CNRS, UMR 7171).

Chercheurs

• André Benhaïm (Princeton University) : Littérature moderne et contemporaine. Littératures francophones et postcoloniales de la Méditerranée, de l’Afrique Sub-Saharienne et des Caraïbes. Littérature pour la jeunesse et imagerie de la Bande Dessinée.
• Dominique Carlat (Université Lyon II) : Littérature et philosophie. Le vivant et le corps (représentations du visage).
• Stéphane Chaudier (Université Jean Monnet de Saint-Etienne/ CIEREC – Centre Interdisciplinaire d’Études et de Recherches sur l’Expression Contemporaine) : littérature et arts de la pensée au XXe siècle ; rapports discours littéraire (rhétorique et stylistique)/sciences humaines : philosophie, histoire, sociologie, anthropologie.

• Bruno Curatolo (Université de Franche-Comté) : Littérature et philosophie. Le genre du bestiaire.

• Eliane DalMolin (University of Connecticut) : L’animal en Cultural Studies. Littérature contemporaine et extrême-contemporaine.

• Lucile Desblache (Roehampton University) : animal et littérature. Romancières contemporaines. Postcolonialisme.
• Elisabeth de Fontenay (professeur émérite à l’université Paris I-Sorbonne) : Tradition et renouvellements de la conception de l’animal dans la philosophie et la littérature.
• Denis Mellier (Université Poitiers) : Fantastique, SF, monstrueux, imagerie contemporaine. Directeur de la revue de littérature fantastique Otrante.

• Jacques Poirier (Université de Bourgogne/UMR 7171) : La littérature et les mythes ; littérature et psychanalyse ; animalité et expression de soi.

Alain Romestaing (Université Paris Descartes, secrétaire de l’équipe « Métamorphoses de la fiction» UMR 7171) : Littérature contemporaine. Giono, Céline, problématiques du corps en littérature (littérature et réalité, matérialisme, imaginaire de l’organique, individuation).
Alain Schaffner (Université Paris III, directeur de l’équipe « Métamorphoses de la fiction» UMR 7171) : Le romanesque au XXe. Littérature fantastique, récit d’enfance, histoire naturelle et littérature (de Balzac à Chevillard). Co-directeur de la collection « L’Esprit des Lettres » (Manuscrit Université).

III. Méthodologie :

Plusieurs moyens seront développés pour permettre à la fois échanges intellectuels et réalisations de fond. Ces moyens de recherche sont fondés sur une altenance entre large ouverture de compas théorique et « zooms » sur des sujets, des genres ou des auteurs étudiés en détail.

III-1. Organisation pendant les quatre ans d’un séminaire interdisciplinaire, ouvert au public où des spécialistes renommés présenteront l’état des lieux et des débats dans leur discipline, à partir de février 2008. Un accord de principe a déjà été obtenu pour 2008-2009 avec : Pierre Alféri, poète et essayiste (Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon) ; Bernard Andrieu, philosophe; Florence Burgat, spécialiste de droit, INRA ; Georges Chapouthier, philosophe et biologiste, CNRS ; Elisabeth de Fontenay, philosophe, Paris I-Sorbonne ; Frédéric Keck, anthropologue, CNRS/EHESS ; Armelle Le Bras-Chopard, philosophe; Dominique Guillo, sociologue; Dominique Lestel, éthologue, ENS/Museum d’histoire naturelle ; Michel Pastoureau, historien, Ecole Pratique des Hautes Etudes; Jean-Marie Schaeffer, cognitiviste, CNRS; Noélie Vialles, anthropologue, EHESS. Programme en cours d’élaboration.

III-2. Organisation de journées d’étude et de colloques internationaux de littérature avec des tables rondes d’écrivains contemporains. Le principe de la table ronde permettra de débattre avec les écrivains de leur conception de l’animalité, et des savoirs doxiques ou au contraire idiosyncratiques qui ont contribué à l’établissement de leur rapport intellectuel et personnel, imaginaire et créatif, à la bête.

  • 2008 : organisation par L’Atelier Albert Cohen (Philippe Zard et Daisy Politis), en collaboration avec Alain Schaffner et Anne Simon, de la journée d’étude « L’animal dans l’œuvre d’Albert Cohen », université Paris 3, 31 mai 2008. Actes publiés aux éditions du Manuscrit.
  • 2010, septembre : organisation par Lucile Desblache, à Londres, du colloque « Hybrides, monstres et autres aliens dans la littérature des XXe et XXIe siècles » + table ronde
  • 2011 : co-organisation par Anne Simon et Anne Mairesse (université de San Francisco) du congrès des vingtiémistes spécialistes de littérature de langue française : « Humains en tous genres », San Francisco. Un axe animal et animalité y est d’ores et déjà défini.

Publication des actes prévue.

III-3. Publications :
• Recension sur le site des publications à titre individuel.
• Numéros spéciaux de revues et ouvrages collectifs (hors actes de colloques), parus ou prévus :
Animal et animalité dans l’œuvre d’Albert Cohen (Cahiers Albert Cohen, n° 18, Editions Le Manuscrit, 2008)
En cours : – Colloque Le roman rustique animalier (1900-1930). Publication prévue (2013).
Colloque Autour de Jean Giono : littérature, nature, animalité (première moitié XXe), colloque 2012, publication prévue en 2013.
– Numéro spécial Le Roman de l’animal (Série Romanesque, 2012)

III-4. Constitution d’un fond d’ouvrages pluridisciplinaires dans la bibliothèque du centre de recherche « Ecritures de la modernité », ouvert à l’équipe comme à tout chercheur et doctorant travaillant sur l’animalité.

III-5. Création d’un site internet ouvert : (en cours)
Calendrier + création d’une banque de données (bibliographie commentée, articles et comptes rendus, imagerie, liens internet…).

Contact : simon.a